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Jeu et postures enseignantes

Cela fait quelques années que nous réfléchissons collectivement sur l’impact de nos pratiques sur la classe avec la Team Ludens, cet article est un prolongement de ces réflexions que nous avons portées avec une experte, Dominique Bucheton. L’objectif de cette mise à l’écrit est d’observer les gestes et postures enseignants au regard de sa grille de lecture.

Juste une mise au point... sur les gestes et postures professionnels d'après Dominique Bucheton

Déjà, bravo, vous avez réussi à échapper à tous nos appels du pied de ces derniers mois concernant le travail de Dominique Bucheton mais cette fois-ci, vous n’y couperez pas :

https://neo.ens-lyon.fr/neo/formation/analyse/les-postures-enseignantes

Comme elle le dit elle-même, les postures ne sont pas fixes, ce n’est pas parce que vous êtes à un instant T dans une posture d’accompagnement que vous ne pouvez pas être, la seconde qui suit, dans une posture d’enseignement. Tout est une question d’agilité (rires : pour les comprendre, écoutez Dominique Bucheton parler de ce terme). En bref, on alterne et on varie les postures.

Anatomie d'une séance ludopédagogique by la Team Ludens

Great minds think alike! Nous, Ségolène et Charlie, nous sommes rendus compte que nous avions travaillé chacun de notre côté sur le découpage d’une séance ludopédagogiques au regard des gestes et postures professionnels. De toute évidence, il nous fallait rassembler nos idées, les confronter et les partager dans cet article :

Voici donc un tableau issu de la confrontation de nos différents travaux et discussions que nous avons eu la chance de pouvoir proposer à Dominique Bucheton en visio :

Dominique passe à l'action !

Une fois notre travail terminé, nous ne pouvions plus reculer, il fallait que l’experte Dominique Bucheton jette un œil à notre squelette d’une séance ludopédagogique. Cela fut très enrichissant et nous a permis de nous conforter dans notre compréhension des postures mais parfois cela nous a donné des perspectives différentes.  

Avant de décortiquer ensemble de manière chirurgicale, nous vous proposons de jeter un œil au tableau final : 

Enchantez votre séance : la posture du magicien

Certains jeux se prêtent plus que d’autres à la mise en scène du lancement : un teaser vidéo, une lettre annonçant une mission, un lancer de dés ou une entrée déguisée de l’enseignant, voilà des exemples qui pourront à coup sûr engager vos élèves dans la séance ! 

Le passage des règles du jeu

Ségolène et Charlie s’étaient trompés. Ehhh oui ! Ils avaient davantage identifié la posture d’enseignement tout simplement car l’enseignant explique, les élèves écoutent et peuvent poser des questions par la suite. Dominique Bucheton nous a donné une nouvelle perspective que nous développons dans la partie suivante.

L'explicitation des règles : un moment-clé pour travailler les compétences langagières

Notre objectif n’est pas de jouer, c’est de faire penser les élèves (…) et de ne pas penser à la place des élèves (Voir replay de la visio)

L’élaboration de consignes n’est pas quelque chose d’innée et pourtant, même si on entend des experts dire qu’il faut bien réfléchir à celles-ci, on ne nous dit pas forcément comment bien le faire. En langues vivantes, par exemple, il n’est pas si aisé de construire des consignes qui permettront aux élèves de produire quelque chose. Pourquoi ? Tout simplement parce que la consigne peut être une barrière et que si cette barrière ne peut pas être levée par l’élève, cela l’empêchera de réussir la tâche. Lors de moments de jeux, Charlie a pu tester plusieurs choses : expliquer en anglais puis les lancer dans la phase de jeu, expliquer en anglais puis faire de la médiation en passant par un élève qui explique en français ce qu’il a compris aux autres, jouer une partie contre les élèves pour leur faire comprendre comment on joue au jeu ou encore en leur montrant une vidéo. Tous les stratagèmes sont bons mais il faut garder dans un coin de sa tête que si cela ne fonctionne pas, il faudra trouver une solution.

Dominique Bûcheton nous a vraiment amenés à réfléchir sur le travail des compétences langagières et sur l’opportunité de dédier un temps à la compréhension par les élèves eux-mêmes, favorisant alors les échanges oraux entre eux. Son parti pris est de dire qu’il faut faire confiance aux élèves. Bien sûr, si les consignes sont trop compliquées, ils ne comprendront pas, par contre, si cela est de l’ordre du compréhensible, il faut leur faire confiance. En effet, que cela soit à deux, à trois ou la classe entière, ils vont y arriver ensemble, il faut leur donner cette espace de mutualisation et de résolution de conflit pour qu’ils réussissent ensemble à comprendre. Pour qu’ils reformulent, retournent relire le passage qui pose problème, donnent du sens collectivement. 

La posture ludique : jouer pour comprendre les règles

Lors de notre visio avec Dominique Bucheton, elle a évoqué la présence d’une nouvelle posture qui pouvait en effet émerger dès lors que l’enseignant se mettait à hauteur d’élèves en jouant une partie avec eux que cela soit pour faire comprendre les règles ou bien de s’asseoir avec eux pour le simple plaisir de jouer avec eux. : la posture ludique. Celle-ci implique des éléments positifs : elle change la place du professeur et elle favorise les échanges entre l’enseignant et ses élèves. Bien entendu, cette posture ne pourra être gardée trop longtemps car l’enseignant perd alors la vue globale qu’il peut avoir lorsqu’il se déplace dans la classe. 

Construire les groupes : une ingénierie pédagogique

Construire les groupes, c’est tout un art. Plusieurs choix s’offrent à vous : 

  • Vous avez des objectifs individuels précis en tête, alors il faudra créer les groupes en amont (par exemple pour la création de groupes hétérogènes ou homogènes)
  • Vous n’avez pas d’objectifs individuels précis : vous pouvez utiliser tout simplement des chiffres que vous attribuez à des élèves (1, 2, 3, 4, 5, 1, 2, 3… tous les 1 ensemble…), cela peut aussi être à partir d’un système que vous avez de créer des groupes aléatoirement ou rapidement ou bien, pour le plaisir, vous pouvez aussi les laisser choisir leur groupe.

Même pour la constitution des groupes, votre expertise est sollicitée en tant qu’enseignant, il est donc essentiel de bien réfléchir aux objectifs pédagogiques en amont.

Jouons !

Il s’agit DU moment tant attendu : la phase de jeu. L’enseignant orbite entre les ilots, regarde les élèves jouer, est attentif à ce qu’il se passe et peut même prendre des notes pour mettre à plat : ce qu’il se passe dans les groupes, comment les élèves jouent, les savoirs manipulés (pour alimenter une future trace écrite par exemple ou pour retravailler le jeu plus tard). 

Il peut aussi adopter une posture d’accompagnement. Sans donner de réponse, sans donner de connaissances particulières, l’enseignant doit être habile et poser des questions pour faire dire. « Comment as-tu procéder pour gagner ici ? », « Ah, vous n’avez pas les mêmes règles de jeu, comment pourriez-vous jouer dans ces cas-là afin d’atteindre l’objectif mais de manière juste ? », « tu as produit cette phrase, pourrais-tu la reformuler ? »…

Le titre « Jouons » est volontairement à la première personne du pluriel, l’enseignant peut aussi prendre part au jeu. Il peut ainsi s’assurer qu’un groupe fonctionne bien, que les règles sont respectés ou bien apporter son aide. 

Des débriefings : réfléchir individuellement pour structurer la pensée collectivement

Débriefer, c’est faire dire les savoir. Il y a différentes manières de l’animer, de le mener et de guider les élèves.  Nous vous conseillons de lire la fiche en un clin d’oeil sur le débriefing que nous avons réalisée ainsi que de visualiser le webinaire que nous avons consacré à cette thématique !

La Ludofiche : https://www.semperludens.fr/2023/08/03/webinaire-debriefer-cest-bien-joue/

Le webinaire : https://www.semperludens.fr/2023/08/03/webinaire-debriefer-cest-bien-joue/

Dans le tableau, nous avons découpé ce débriefing en trois parties distinctes. La première phase se veut individuelle et demande à l’élève de mettre sur feuille ou de réfléchir tout du moins à ce qu’il a pensé du jeu, à réfléchir aux émotions ressenties mais aussi d’entamer le travail autour des notions abordées. La seconde est collective, l’enseignant tente te faire dire les savoirs en jeu et donc de conscientiser le fait que le jeu n’était pas qu’un jeu. Cette étape permet aux élèves de faire ressortir les connaissances qui étaient en jeu mais aussi de les rendre autonome, le but étant qu’ils ne soient pas juste passifs mais qu’ils verbalisent ce qu’ils ont vécu. Enfin, l’enseignant reprend la main et formalise tout ce qui a été dit ainsi que ce qui semble important en fonction des objectifs visés. Le but est de de construire un bilan qui peut prendre de multiples formes. 

Les phases de test

Depuis ce temps d’échange avec Dominique Bucheton, Ségolène a testé de confier aux élèves la compréhension des règles du jeu. Cela demande de trouver les bons fils à tirer et de développer des techniques pour construire collectivement le sens mais les effets ont été immédiats : il n’y avait plus de groupes qui détournent la règle car elle n’avait pas été comprise. Ségolène propose de prendre vraiment le temps avant de travailler cela avec les élèves pour identifier les passages de la règle qui peuvent être sujettes à interprétations erronées. Cette façon de lancer les élèves dans les échanges est plutôt efficace. L’autre possibilité est de demander aux élèves de mener une fausse partie et de laisser les autres réagir si il y a des erreurs sur le déroulé. Rapidement les « non tu dois piocher là » ou autres « tu n’as pas le droit de jouer cette carte » émergaient du fond de la classe. 

Attention toutefois à la durée de cette phase. Forcément, il faut y passer du temps si l’on veut bien tout faire expliciter par les élèves. Il doit vous rester suffisamment de temps pour la phase de jeu et pour le débriefing. 

Charlie compte continuer à travailler sur les consignes et notamment la dévolution de la compréhension des règles par les élèves. Les vidéos règles fonctionnant bien, il continuera à les utiliser même s’il faudra dans un second temps faire reformuler les règles avec les mots des élèves et de manière simple dans la langue maternelle. Charlie continuera de proposer des parties « pour du beurre » avec eux et compte bien analyser davantage ses postures lors de la phase de jeu suite à ces échanges. 

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